On m’a récemment interviewée sur « Comment l’EMDR soigne par les yeux ». Et j’entends souvent : « Mais oui, tu sais, la technique qui soigne par les yeux… L’EMDR… »
Hé bien, non, l’EMDR ne soigne pas par les yeux. Les mouvements des yeux aident le cerveau à retraiter des souvenirs traumatiques restés bloqués. Le thérapeute utilise les mouvements oculaires comme stimulation bilatérale alternée pour activer un mécanisme de traitement adapté de l’information.
En réalité, ce sont les stimulations bilatérales alternées qui importent. Et ces stimulations peuvent être un balayage devant les yeux, des impulsions de buzzers dans les mains, des tapotements (le plus souvent sur les genoux) ou encore des sons.
Ce qui se passe quand il y a un traumatisme
Un trauma n’existe pas en soi ; ce qui importe : la façon dont on vit les choses. Quand on fait face à une situation très difficile pour nous, un danger, le cerveau est débordé, et l’amygdale (alarme émotionnelle) reste en alerte. On peut dire qu’un souvenir – même imprécis -est une histoire avec un début, un milieu et surtout, une fin. Le trauma, lui, est mal intégré : il reste figé dans notre cerveau avec sa charge émotionnelle, sensorielle et corporelle. Un événement traumatique reste mal intégré dans la mémoire, stocké avec des émotions et un vécu corporel forts.
On peut dire que c’est du passé qui n’est pas passé. Pour le cerveau, c’est comme si l’événement était encore présent. Il consacre son énergie à gérer le trauma, ce qui lui barre la possibilité de s’ouvrir à de nouveaux apprentissages, notamment celui de gérer les situations difficiles.
Pourquoi les yeux ?
Les mouvements oculaires rapides et alternés mobilisent l’attention. La mémoire de travail a une capacité limitée. On ne peut pas, en même temps maintenir une image traumatique vive et effectuer une tâche qui demande de l’attention (comme les mouvements oculaires)
Les stimulations bilatérales alternées chargent la mémoire de travail. Les ressources de la mémoire de travail sont partagées. L’image devient moins nette, l’émotion perd en intensité, la sensation corporelle se modifie.
Les stimulations bilatérales alternées activent un état proche du sommeil paradoxal, celui durant lequel le cerveau range nos souvenirs
Durant une séance d’EMDR, le souvenir est réactivé mais avec une charge diminuée. Il est reconsolidé sous une forme moins perturbante
L’EMDR fonctionne ainsi : désensibilisation + reconsolidation adaptée = traitement adapté de l’information.
Le cerveau refait son boulot, mais cette fois jusqu’au bout.
Ce que fait le cerveau pendant que le thérapeute fait des stimulations bilatérales alternées :
Le patient est en double attention :
- une partie de soi est dans le souvenir
- une autre reste ancrée dans l’ici-et-maintenant
L’amygdale (alarme émotionnelle) se calme, se détend.
L’hippocampe range le souvenir à sa place de souvenir, dans le passé.
Le cortex préfrontal – qui est lié à la mémoire de travail, l’inhibition de nos éventuels comportements inappropriés, la détection des erreurs, la gestion des conflits… -reprend son rôle.
Le cerveau retraite le souvenir, qui perd sa charge émotionnelle et corporelle, qui s’intègre et trouve sa place dans notre mémoire.
Le résultat
- Nos images deviennent plus lointaines ou plus floues
- Nos émotions s’apaisent
- Nos sensations corporelles s’apaisent également
- Nos croyances négatives évoluent vers du positif
Le souvenir est toujours là, mais ce n’est plus un trauma, c’est un souvenir, heureux ou malheureux ; il ne fait plus mal. On ne peut pas changer le passé mais on peut demander au cerveau de faire un traitement adapté de l’information qu’il n’a pas pu faire avant.






