L’École de Palo Alto, fondée dans les années 1950 au Mental Research Institute (MRI) à Palo Alto (Californie), aborde les problèmes humains comme des interactions circulaires plutôt que linéaires. Sa méthode est particulièrement utilisée en thérapie brève, mais s’applique aussi à la communication, au management ou à la résolution de conflits.
Dans cette approche, le problème n’est pas causé par la situation en elle-même, mais par la manière dont on essaie d’y répondre, « de s’en sortir ». Ce qui pose problème, c’est la solution qu’on utilise, encore et encore – et qui « ne marche pas ».
Et étant donné que ça ne fonctionne pas… on insiste. On essaie plus fort, plus souvent, plus intensément. Comme lorsqu’on persiste à appuyer sur le bouton « Enter » de notre ordinateur. Mais notre insistance ne résout pas, voire aggrave le problème.
Imaginons : vous craignez de rougir lors d’une prise de parole en public. Face au public, vous surveillez votre visage ; vous vous demandez : « Est-ce que je suis en train de rougir ? Est-ce qu’ils le voient ? ». Et plus vous surveillez, plus vous stressez… et plus vous rougissez. Votre solution, de l’ordre du contrôle, devient le problème. Palo Alto parle de tentatives de solution qui échouent mais qu’on répète.
Et souvent, vous partez dans un cercle vicieux.
Une caractéristique importante dans cette approche réside dans le fait qu’elle ne cherche pas à creuser le « pourquoi » du problème. Elle s’intéresse au « comment » quelqu’un s’y prend, aujourd’hui, pour tenter de le résoudre.
Palo Alto pose LA question paradoxale : et si arrêter de chercher une solution, c’était la solution ?
L’approche propose donc un changement de posture radical, parfois contre-intuitif.
C’est une approche expérientielle, souvent très concrète. On cherche ce qui maintient le problème, ici et maintenant, et on propose des expériences nouvelles, qui viennent désamorcer le système. Ce qui aide, ce n’est pas d’en faire plus… mais de faire autrement.
Voici les principales étapes de la résolution de problème selon cette approche :
- Définir le problème dans ses termes concrets
- On identifie le problème tel qu’il est vécu par le client, sans chercher une cause historique
- Ce qui importe, c’est la plainte actuelle, observable et décrite en termes concrets de comportements, d’interactions ou de situations répétées
Le thérapeute écoute ce qui ne va pas, selon le client, sans chercher d’explication causale ou historique. Il s’agit de cerner sa plainte de façon concrète : qui fait quoi, quand, comment, avec qui. Ceci, jusuq’à faire émerger une formulation claire du problème, dans les termes du client.
- Formuler un objectif réaliste en termes (concrets) de comportements observables
- Ce n’est pas un idéal à atteindre, un état futur souhaitable (ex. : « être heureux », « avoir une bonne communication »)
- Mais une sortie du problème, l’arrêt d’un problème concret ici et maintenant
- C’est à dire : que la personne n’ait plus à faire face à ce qui la fait souffrir ou qu’elle change sa relation au problème.
Le thérapeute n’impose pas d’objectif : il aide le client à clarifier ce qu’il ne veut plus vivre et comment il contribue sans le vouloir à maintenir ce qu’il subit. On cherche à comprendre : qu’est-ce qui, si cela cessait, ferait dire au client que le problème est résolu ? L’objectif est négatif au sens logique : il décrit ce dont il ne veut plus.
Et il sert de boussole concrète, non pas pour « améliorer » la situation mais pour arrêter un processus problématique.
On peut être amené à reformuler l’objectif à mesure que le client évolue dans le système ou ses interactions.
En effet, parfois le problème initial disparaît, un autre émerge ; ou bien le client modifie son regard sur la situation, ce qui change la perception du problème.
- Identifier les tentatives de solution déjà mises en œuvre
- Ce sont les tentatives de solution qui maintiennent le problème
- On examine ce que le client a tenté de faire pour résoudre le problème – sans succès – et comment ces actions peuvent involontairement nourrir le problème. Ce qui équivaut à repérer et interrompre les stratégies inefficaces qui forment un cercle vicieux
- Recadrer la perception du problème
- Utiliser un recadrage permet de changer la signification donnée à un comportement ou à une situation
- Son but : ouvrir d’autres possibilités d’action en modifiant la façon de voir le problème qui permet de penser autrement. On ouvre des marges de manœuvre et on dépasse les certitudes bloquantes
- Ça permet d’atteindre l’objectif par un déplacement du regard
- Intervenir par des prescriptions paradoxales ou stratégiques
- L’intervention consiste à prescrire un comportement qui semble aller à l’encontre du but recherché. Par exemple : « continuez à échouer volontairement »
- Il s’agit de désamorcer les résistances, rompre les cercles vicieux, casser des équilibres bloqués
- On court-circuite les boucles d’interaction qui maintiennent le problème, souvent en rendant le symptôme absurde ou inefficace
- Observer le changement et ajuster l’intervention
- La thérapie est brève et orientée vers le changement, donc chaque nouvelle action est évaluée en fonction de ses effets, même minimes.
- Le thérapeute ajuste ses interventions stratégiquement en fonction de l’évolution, toujours dans une logique d’extinction du problème, non de développement personnel
Le client constate que la situation qui posait problème ne se manifeste plus, ou qu’il n’y réagit plus de la même façon.
L’objectif est atteint lorsque la plainte cesse, pas nécessairement quand tout est « parfait ».
Un exemple ? Il sera forcément simpliste mais essayons…
Problème : un parent se plaint que son fils ne veut jamais faire ses devoirs.
Tentatives de solution : il le surveille, le menace, le punit, fait ses devoirs à sa place.
Analyse systémique : plus il le contrôle, plus le fils résiste – C’est l’escalade.
Prescription paradoxale : et si ce parent autorisait explicitement son fils à ne pas faire ses devoirs pendant une semaine ? C’est sûr, ça modifierai la dynamique…
Résultat attendu : en rompant le cycle, il se peut que le fils choisisse de lui-même de reprendre le contrôle de ses devoirs.
Étonnant, non ? Il n’est pas facile de choisir des exemples hors contexte sans tomber dans la caricature. Alors pour en savoir plus : cliquez ici
« L’association Paradoxes a pour but de faire connaître et développer l’approche de résolution de problèmes née dans les années 60 à Palo Alto, Californie, initialement nommée Brief Therapy / Thérapie Brève ».
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