On peut penser que ne pas répondre au téléphone pendant les séances va de soi. Mais parfois le thérapeute va devoir parfois l’énoncer clairement, recueillir les commentaires du patient sur cette règle et travailler ce sujet avec lui.
Le plus difficile pour le thérapeute dans un tel cas est de garder son calme et de ne pas juger. C’est pourtant essentiel. Et ça permet d’explorer les motivations derrière cette interruption : « Qu’est-ce qui vous a poussé à répondre à ce moment-là ? ». On invite ainsi le patient à réfléchir à ses priorités et à son engagement dans la thérapie.
Ce comportement soulève des questions importantes et il est question ici d’engagement et de respect. Aidons-nous du Petit Robert :
« Respect : sentiment qui porte à accorder à quelqu’un de la considération en raison de la valeur qu’on lui reconnaît ».
Engagement : « Action de se lier par une promesse ou une convention ».
Un mécanisme d’évitement ?
Pour certains patients, répondre au téléphone peut être un moyen de fuir les émotions difficiles ou les réflexions inconfortables. Ce comportement peut traduire une forme d’anxiété liée à la thérapie ; le patient préfère éviter d’aborder des sujets délicats. Il pourrait également signaler une résistance à s’engager pleinement dans le processus thérapeutique.
Urgence ou nécessité ?
Il est également possible que répondre au téléphone soit justifié par une situation d’urgence. Dans ce cas, il est essentiel d’explorer l’importance de cet appel et son impact sur la séance.
Cela dit, cette situation est extrêmement rare : qu’est-ce qui ne peut pas attendre 45 minutes ou même 1h30 ?
Se pose également une question d’ordre sociétal. Doit-on être disponible en permanence, à tout instant ? Doit-on donc se justifier lorsqu’on ne répond pas au téléphone ?
Aller « chez le psy » est une activité secrète, qu’on ne crie pas sur les toits. Et en répondant au téléphone, on se protège, d’une certaine manière. Surtout lorsque l’appel a lieu à un moment où notre entourage nous a toujours vu disponible. Difficile de devoir dire : « J’étais chez le psy » ou même ne rien dire et de risquer alors d’être soupçonné de mener comme une double vie. Aller « chez le psy », c’est un peu comme aller chez un (e) amant (e) ; répondre au téléphone peut faire partie d’une stratégie pour ne pas être pris en flagrant délit…
Le non-respect du cadre et des limites
Le temps de la séance est consacré à son travail thérapeutique. Il s’agit d’un cadre créé pour permettre au patient de se sentir en sécurité pour explorer ses émotions, ses cognitions, son ressenti corporel sans distractions extérieures.
Le cadre thérapeutique délimite un espace-temps distinct de celui de la vie quotidienne. Tout ce qu’on y vit est signifiant, chargé de sens. Le thérapeute y découvre des éléments utilisables pour comprendre le monde spécifique de chaque patient. En effet, cet espace-temps est investi de manière singulière et subjective par chacun. Les enjeux les plus profonds et les plus puissants peuvent s’y déployer.
Un manque de respect de soi ?
La thérapie nécessite une attention et une concentration particulières. Répondre au téléphone perturbe le flux de pensée du patient et déstabilise la dynamique de la séance. Cela empêche le patient de rester connecté à ses émotions, à son corps et à ses pensées.
L’interruption risque de compromettre, au moins momentanément, la progression du travail thérapeutique.
Un manque de respect envers le thérapeute ?
Répondre au téléphone peut être perçu comme un manque de respect envers le thérapeute. La thérapie est un espace dédié à l’écoute et à l’exploration. Une interruption due à un appel nuit à sa concentration, qui est essentielle.
Si cette situation se répète, elle pourrait même indiquer que le patient n’est pas pleinement engagé dans le travail thérapeutique.
La thérapie est un espace-temps unique et précieux
Lorsqu’un patient répond au téléphone pendant une séance, il envoie un signal au thérapeute : manque d’engagement, évitement, besoin de clarifier des attentes. Il est rare qu’il s’agisse d’une urgence. Il convient d’aborder clairement le sujet en soulignant les implications de ce comportement.
La thérapie est un espace-temps unique, et chaque moment passé ensemble est précieux pour le cheminement vers le bien-être. La banalité en est exclue, tout y a potentiellement de la valeur.
(Image Mamwmy, Freepik)





