Les déclarations d’amour, les ronflements, l’exercice physique et autres violations des limites peuvent réellement faire dérailler une relation thérapeutique
En 2024, le New York Times a demandé à ses lecteurs s’ils avaient déjà connu une mauvaise expérience avec un thérapeute. Le journal a reçu plus de 2 700 réponses.
Parmi ces témoignages, on trouve des exemples de manquements à l’éthique, de comportements non professionnels et d’interactions bizarres.
Une version de cet article est parue dans la version imprimée du 25 février 2025, Section D , Page 6 de l’édition de New York sous le titre : Apprendre à identifier ces mauvais thérapeutes .
La rédactrice en est Christina Caron, une journaliste du Times spécialiste de la thématique « santé mentale ».
Je vous en propose une synthèse en français. L’accès à l’article se fait ici.
Témoignages
Lors de sa première séance avec un nouveau thérapeute à San Diego, Elise, 37 ans, s’est immédiatement sentie rebutée. Non pas à cause de ce que le thérapeute lui avait dit, mais parce qu’elle roulait sur un vélo d’appartement pendant leur conversation.
Maria Danna, 35 ans, s’est alarmée lorsque son thérapeute de Portland, dans l’Oregon, « a vigoureusement secoué une maraca devant mon visage » afin de « capter l’énergie que je dégageais pendant la séance ».
Et Christina Carson elle-même, qui consultait un psychiatre dans l’Ohio pour une grave dépression post-partum et de l’anxiété, s’est sentie troublée lorsque le médecin lui a envoyé des milliers de SMS et lui a finalement révélé l’attirance sexuel qu’il éprouvait à son égard
Les thérapeutes sont censés maintenir des limites physiques et émotionnelles avec leurs clients. Au chapitre de la violation de ces limites, on retrouve : divulguer régulièrement des détails personnels intimes, toucher un client de manière inappropriée, flirter, offrir des cadeaux ou essayer d’établir une relation sociale en dehors du cabinet.
Deborah A. Lott, bénévole chez TELL – un réseau de soutien par les pairs qui aide ceux qui ont été blessés par des thérapeutes ou qui sont préoccupés par le comportement de leur thérapeute – aurait apprécié des conseils dans les années 80. À l’époque, elle avait 28 ans et avait eu des relations sexuelles avec son thérapeute, qui lui avait proposé du vin et du cannabis. Il l’a suppliée de revenir en thérapie, ce qu’elle a fait, temporairement, avant de finalement couper tout contact.
« Une fois que vous êtes émotionnellement dépendant, il est très difficile de vous en sortir, même si vous savez que les choses ne vont pas bien ». Cette personne a tous vos secrets. Vous avez investi du temps, de l’argent, de l’énergie. Et elle vous dit que c’est votre problème. Il y a beaucoup de manipulations ». (Deborah Lott)
Plusieurs lecteurs ont évoqué des thérapeutes systématiquement en retard, d’autres qui mangeaient pendant une séance, ou qui ne les informaient pas de leurs honoraires, voire qui manquaient des rendez-vous ou même qui les ignoraient. Et plus de 130 personnes ont déclaré que leur thérapeute s’était endormi pendant la thérapie, allant parfois jusqu’à se mettre à baver ou à ronfler.
« J’étais en train d’expliquer que je me sentais invisible dans ma famille », a écrit Melissa Petty, 71 ans, à propos d’un incident survenu il y a plus de dix ans à Dallas. « J’ai levé les yeux et le thérapeute dormait ! J’ai immédiatement trouvé un nouveau thérapeute ».
Certains lecteurs ont partagé des histoires de thérapeutes qui fournissaient des services inutiles ou des traitements à la mode pour lesquels ils ne semblaient pas qualifiés.
Erin, 30 ans, qui vit à New York, a déclaré qu’elle avait été surprise lorsque son thérapeute lui a demandé de regarder des lumières traverser un tube étroit. Le thérapeute n’avait ni prévenu sa patiente, ni obtenu son accord, ni vérifié la pertinence de cette approche avec elle avant de commencer une désensibilisation et un retraitement par des mouvements oculaires (EMDR). De plus, à plusieurs reprises, le thérapeute a demandé : « Est-ce que ça marche ? », se souvient Erin, alors que leur connexion Zoom ne cessait de se couper. « C’était une expérience vraiment folle. »
Leah Odette, 44 ans, qui vit à Long Beach en Californie, a consulté un nouveau thérapeute pour obtenir de l’aide contre l’anxiété et a été accueillie de manière inattendue par un chien. Pour certains clients, un animal de compagnie peut être le bienvenu, mais pas pour Leah Odette.
Elle a expliqué à son thérapeute qu’elle avait une peur profonde des chiens. Puis « j’ai fait semblant de me calmer et je me suis penchée pour le caresser, mais il s’est mis à m’attaquer », a-t-elle déclaré. « Le thérapeute a imputé la réaction du chien à mon anxiété ».
D’autres lecteurs ont déclaré que leurs thérapeutes ne semblaient pas du tout les écouter ou n’avaient rien d’utile à dire sur les expériences qu’ils partageaient.
« Lors de ma dernière séance, le thérapeute a tout simplement regardé par la fenêtre, sans me regarder dans les yeux pendant toute la séance », a déclaré Emily, 34 ans, qui vit à Pittsburgh. « J’ai mis fin à notre relation par courriel le soir même. »
Conseils d’experts
Il est difficile de savoir à quelle fréquence ces types d’incidents se produisent.
« Il existe une blague dans le domaine selon laquelle chaque cohorte de diplômés compte au moins un ou deux étudiants au sujet desquels tout le monde a de sérieux doutes ou inquiétudes. Nous sommes éthiquement obligés d’empêcher les mauvais d’obtenir leur licence, mais ce n’est pas un système parfait. J’en ai moi-même renvoyé ou dénoncé plusieurs pour conduite problématique » (Eric Jones, thérapeute de Santa Ana, en Californie).
Que faire si votre thérapeute est peu professionnel, incompétent ou même violent ?
Bien que, selon l’expérience du Docteur Jones, les bons thérapeutes soient bien plus nombreux que les mauvais, lui et d’autres experts exhortent les patients à faire confiance à leur instinct si quelque chose ne va pas.
« L’étoile polaire » du thérapeute devrait être la santé et le développement continu du patient ou du client. Si ce n’est pas le cas, alors « quelque chose ne va pas » (Docteur Jonathan E. Alpert, directeur du département de psychiatrie de Montefiore Einstein à New York).
Un thérapeute éthique n’aurait jamais de relation sexuelle ou émotionnelle avec un patient. « Le patient peut être nu et implorer pour avoir des relations sexuelles, il est toujours de la responsabilité du thérapeute d’établir et de maintenir des limites sûres et thérapeutiques. » (Jan Wohlberg, un des fondateurs de TELL).
Quand vous êtes déçu par votre thérapeute, « si quelque chose de fâcheux s’est produit ou si votre thérapeute n’est tout simplement pas le bon, il est important de trouver quelqu’un d’autre. Cela ne vous servira à rien de rester dans une situation qui n’est ni saine ni productive » (Jessica M. Smedley, psychologue clinicienne à Washington, DC).
Il existe cependant des situations qui ne sont pas si évidentes. Imaginons que vous vous sentiez généralement en sécurité et soutenu par votre thérapeute, mais qu’une chose vous taraude : il s’est endormi une fois pendant la séance. Dans ce cas, vous pouvez essayer de lui parler de vos inquiétudes.
Ensuite, prenez note de la façon dont il ou elle réagit.
« Un thérapeute qui réagit de manière défensive à cela ou qui n’est pas capable d’accepter ce retour d’information et de changer est un thérapeute avec lequel il ne faut pas continuer à travailler » (Docteur Alpert).





